L'accessibilité en hôtellerie : très peu de clients concernés

14 juin 2011 - actualisé le 6 août 2012

handicap.001-001La loi 2005-102 du 11 février 2005 pour "l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées", fixe le principe d’une accessibilité généralisée, intégrant tous les handicaps, qu’ils soient d’ordre physique, visuel, auditif ou mental. 

L'article 2 de cette Loi précise que "Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tout citoyen ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté." Ce sont en totalité plus de 600.000 ERP (Etablissements recevant du public) qui sont concernés par la mise en conformité aux normes d’accessibilité, et ce au plus tard pour le 1er janvier 2015. Ils avaient par conséquent 10 ans, depuis la promulgation de la Loi, pour adapter leur offre. Les hôtels en font partie, dont 80 % sont des petits établissements classés dans la 5ème catégorie.

Quelques idées reçues circulent sur le sujet de l'accessibilité en hôtellerie dont celle de croire que les Personnes à Mobilité Réduite (PMR) devront pouvoir choisir n'importe quelle chambre — aménagée pour eux —, au nom de l'égalité des droits. En réalité, les hôtels devront disposer de 1 chambre pour personne handicapée quand il existe moins de 20 chambres dans l'établissement, 2 chambres jusqu'à 50 clefs et 1 chambre supplémentaire par fraction de 50 clefs. Le nombre de places de parking pour personnes handicapées doit être de 5 % de l’ensemble des places disponibles aux visiteurs, sachant que celui-ci se doit d’être toujours arrondi à l’unité supérieure.

Ce qui change fortement : les chambres spécifiques ne seront plus en priorité placées au rez-de-chaussée. Si ce n'est pas le cas, les ascenseurs devront être ajustés. Plus précisément en lisant les textes réglementaires, on comprend que les personnes handicapées devront pouvoir bénéficier de chambres en étages, toujours au nom de l'égalité des droits. Le problème est que si l'on peut admettre sans souciller qu'une personne avec un handicap moteur puisse souhaiter disposer d'une chambre au 4e étage d'un hôtel avec une belle vue (tandis que les PMR étaient souvent parquées dans des chambres en "zones" peu valorisées), cette prescription vient en contradiction avec la réglementation sur la sécurité incendie. Une personne handicapée doit pouvoir être évacuée rapidement en cas de sinistre, ce qui est moins difficile au rez-de-chaussée qu'en étages... L'administration se contredit par conséquent elle-même dans ses exigences.

Plus largement, la Loi sur l'accessibilité applicable en 2015 impose des contraintes d'aménagements plus précises, élargies et plus variées que la Loi de 1975. Elle s'adapte à davantage de handicaps, dont les déficiences motrice, auditive, visuelle et cognitive. Dans les hôtels, cela concerne le parking, l'accès au bâtiment, la réception (dont l'aménagement d'une partie abaissée de la banque de réception), l'ascenseur, les couloirs, les escaliers, les chambres et tout autre lieu ouvert à la clientèle.

Seulement 3 personnes handicapées pour 1.000 clients 

En France, on compte environ 5 % de personnes handicapées et 30 % de population vieillissante. Plus particulièrement pour l'hôtellerie, si une adaptation ergonomique des équipements aux personnes âgées serait déjà idéalement à mettre en place, beaucoup de questions se posent sur le domaine de l'accueil des PMR. Car s'il existe 2 millions de personnes à mobilité réduite en France, ils ne seraient qu'environ 1/4 à voyager et à choisir des hébergements touristiques. Plus spécifiquement, les PMR ne représentent qu'entre 0,2 % et 0,3 % de la clientèle des hôtels français (source études Coach Omnium), comprenant les Français et les étrangers, soit environ 3 clients pour 1.000. Et encore, toutes ces personnes ne se déplacent pas en fauteuil roulant — elles ne sont qu'environ 2/3 à être dans ce cas — et n'ont pas nécessairement besoin d'aménagements complexes dans le bâtiment.

D'emblée, les hôteliers font leurs comptes (ou vont les faire) et se rendent à l'évidence qu'ils auront de très importants investissements à faire, difficiles à rentabiliser, pour au final une clientèle concernée très peu nombreuse. Les hôtels les plus anciens sont bien entendu les premiers visés par un complexe et coûteux aménagement de leur offre.

Parmi les solutions qui circulent et qui sont de plus en plus proposées vient celle de ne disposer dans chaque destination que d'un ou de quelques hôtels parfaitement aménagés pour des PMR, au lieu de tous. Ils seraient bien sûr signalés et mis en avant. On peut imaginer que cette option serait raisonnable, mais qu'elle risque également d'être compliquée à organiser et d'être surtout considérée comme discriminatoire, dès lors où les PMR n'auraient plus une liberté de choix. Se voir, par exemple, placé dans un hôtel aménagé de zone industrielle tandis qu'il existe dans une station balnéaire voisine des hôtels en front de mer aurait de quoi frustrer plus d'un client handicapé.       

La grande question demeure : faut-il mettre, au nom de la solidarité nationale, de très nombreux hôtels en péril parce qu'ils ne pourront pas financer les travaux nécessaires au respect de la loi, pour une clientèle qui ne vient et ne viendra que peu, voire pas du tout, dans ces établissements ? Ne sont-ce pas des investissements très improductifs ? Et est-ce que la nécessaire égalité des droits et des chances des personnes handicapées — que personne n'a probablement envie de remettre en cause — peut conduire à une inégalité des chances et des droits des hôteliers indépendants, avec pour conséquence la fermeture définitive d'un grand nombre d'hôtels, étant dans l'incapacité d'adapter leur bâtiment à ce public ?

Cette deuxième vague réglementaire "tuera" davantage d'hôtels encore que la première de la Sécurité incendie, avec des hôteliers incapables de financer de tels travaux imposés par l'administration. D'autant que ces investissements ne sont pas une vraie valeur ajoutée, ne produisent pas de chiffre d'affaires et ne se voient pas. Leur financement se fait au détriment du confort et du service aux clients. De quoi les faire fuir un peu plus vite encore...

Le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française a dans l'idée que le débat doit commencer sur ce sujet au plus vite. 7 années sont déjà passées sans que cela n'évolue vers une réflexion approfondie et utile.

• Lire "Téléchargement Nouveaux-dispositifs-reglementaires-accessibilite-et-securite-incendie".

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