Baromètres d'activité hôtelière : un masque sur la vraie situation de l'hôtellerie française

12 mai 2011

masques.001-001"L'hôtellerie en France reprend des couleurs…", "L’hôtellerie française est repartie en 2010 tant en termes de taux d’occupation que de rentabilité…". Ces annonces émanent sous une forme ou une autre de différents cabinets de consultants en hôtellerie (il existe à présent 5 baromètres hôteliers qui se concurrencent). Ces opérateurs publient désormais chaque mois leur propre baromètre de l'activité hôtelière, se ressemblant tous dans les tendances d'évolution, bien que les données soient régulièrement différentes entre eux. Le problème, le vrai, est qu'il parlent tous de "l'hôtellerie française" (ou des hôtels français) et cherchent à crédibiliser leur observation en avançant que leur échantillon porte sur plus ou moins 2.600 hôtels, pour 220.000 chambres, soit près de 1/3 de l'offre classée.

Soit. Sauf qu'un simple calcul met à mal la représentativité de ces échantillons. En divisant le nombre de chambres par le nombre d'hôtels indiqués, on arrive à des moyennes de 79 à 84 chambres par établissement (selon le baromètre). Or, la capacité moyenne des hôtels français classés est de seulement 35 chambres. Dans les chaînes, la taille moyenne en France est au contraire de 80 chambres par hôtel. Par ailleurs, les taux d'occupation annoncés par ces observatoires dépassent régulièrement les 65 % annuels, toutes gammes confondues. Or, les hôtels indépendants, qui sont pourtant majoritaires dans le paysage hôtelier français, soit 83 % des hôtels classés pour 2/3 des chambres, sont loin d'obtenir — hélas — de tels scores.

On peut donc considérer sans se tromper que les baromètres de ces cabinets se composent essentiellement de …chaînes hôtelières intégrées, qui sont au nombre d'un peu plus de 3.000 adresses en France (recensement par Coach Omnium). Ces dernières obtiennent les meilleurs taux d'occupation, loin devant les indépendants. Enfin, la reprise économique actuelle se fait surtout au bénéfice des groupes hôteliers. Alors pourquoi tous ces cabinets privés parlent-ils de "l'hôtellerie française" comme base de leur baromètre au lieu de ne citer que les chaînes hôtelières intégrées, qui sont l'échantillon réel ?

On sait que les hôteliers indépendants sont réticents à donner leurs chiffres d'activité et que ces cabinets de consultants ne les collectent pas mieux que d'autres. Ou alors uniquement sur de grandes unités de centre villes, au détriment de la masse de petits hôtels qui sont pourtant ultra majoritaires. Enfin, il est aisé de demander à la poignée de 6 groupes hôteliers majeurs présents en France de donner leurs chiffres, plutôt que d'appeler individuellement chaque hôtel.

A publier régulièrement de telles informations qui en deviennent fausses puisqu'elles ne reflètent pas la réalité de ce qui se passe dans l'hôtellerie française, la situation en devient dangereuse. Ces "bonnes nouvelles" masquent un état économique autrement plus inquiétant des hôtels indépendants, qui d'ailleurs ne se retrouvent pas dans les chiffres publiés. A continuer à dire que tout va bien, on n'aide pas le secteur à se redresser, car on rassure injustement ceux qui sont leaders d'opinion sur le sujet (banques, pouvoirs publics, etc.).

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