Classement hôtelier : la désinformation continue

25 avril 2013

Autour du classement hôtelier et de son insuccès, un grand nombre d'intervenants et de marchands du temple cherchent à influencer les hôteliers et à culpabiliser ceux qui ne veulent pas des étoiles réformées. Quitte à dire des contrevérités coupables.

L’insee vient de faire son bilan sur l’activité hôtelière pour l’année 2012. Considéré comme l’observatoire le plus fiable — car il comprend un bon nombre d’hôtels indépendants interrogés —, c'est une bonne chose qu’il vienne rétablir des données que la majorité des cabinets d’études privés ont piétreusement malmenées. Rappel : ces derniers présentent leurs chiffres d’activité comme ceux de l'hôtellerie française alors qu’ils n’ont accès qu’aux renseignements venant des chaînes et de grands hôtels urbains. Cela contrefait tout puisque cet échantillon obtient de bien meilleurs scores de remplissage et de prix moyens chambre que les indépendants, dans leur globalité.

D’ailleurs, quand l’Insee restitue 60,3 % de taux d’occupation pour le parc hôtelier en 2012, Deloitte présente par exemple des pourcentages qui vont, selon les gammes, de 64 % à 67 %, tandis que MKG annonce au global 65,4 %. Rien que pour les 2 étoiles, l’Insee calcule un taux d’occupation de 56,3 % et Deloitte comme MKG 64,4 % ! Lire notre article sur le sujet.

Cri de victoire incongru

Mais, concernant le nouveau classement hôtelier, l’Insee dérape furieusement en donnant dans l'approximation fautive qui est passée inaperçue, sauf pour le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française. Il présente des arguments comme suit :

"Au 31 décembre 2012, 11.357 hôtels sont référencés dans le nouveau classement. Pour les hôtels, cela représente 78 % de la capacité totale du parc. Au-delà de ce succès d'adhésion (…)".

Parler de succès d'adhésion à partir du nombre de chambres paraît étonnant car cela ne fait que 56 % des hôtels à fin décembre 2012. Or, ce sont les hôtels qui sont classés et pas les chambres. Tout le monde sait que ce sont les établissements les plus grands, dont la totalité des chaînes intégrées (sauf B & B Hotels), qui sont classés. Ce qui fausse tout.

L'Insee ajoute :

"Le passage au nouveau classement semble se traduire en termes de performances. D'une part, il induit une montée en gamme des établissements, surtout pour les hôtels, majoritairement reclassés dans la catégorie immédiatement supérieure. D'autre part, la fréquentation des établissements reclassés est supérieure à celle des non-classés : les premiers enregistrent en effet une hausse de 1,1 % et les seconds une baisse de 2,9 %. Les hôtels reclassés bénéficient aussi d'un meilleur taux d'occupation (61,1 % contre 57,9 %)."

Il renchérit et insiste :

"Face à des clients de plus en plus exigeants, les hébergements ayant fait le choix de la qualité (c'est vrai — NDLR) et de l'adaptation aux nouvelles normes de classement bénéficient d'une fréquentation supérieure aux autres." Difficile de faire mieux dans l'art de la contrevérité ou dans l'erreur d'appréciation.

Là aussi cela demande une forte correction. La montée en gamme qu'évoque l'Insee n'est bien sûr qu'artificielle : les hôtels ne sont pas différents de ce qu'ils étaient avant leur classement et donc pas de meilleure qualité. Ils ont juste "commandé" une étoile supplémentaire, si facile à obtenir grâce aux critères minimalistes du référentiel de classement.

Ce n'est pas non plus le nouveau classement qui aurait permis aux hôtels de mieux se remplir : les hôtels qui étaient déjà davantage remplis (chaînes intégrées, grands et moyens hôtels urbains) que les autres ont demandé à être classés. Il n'y a que des cabinets effectuant des audits rémunérateurs autour des étoiles qui peuvent dire merci à l'Insee de cette analyse qui leur sert la soupe. Leur intérêt est évidemment qu'un maximum d'hôtels demandent à être homologués. Manque de chance pour eux, ce n'est pas le cas.

Le nouveau classement n'est donc pour rien dans cette bonne "performance" de certains si vaillamment mais si injustement mise en avant. D'ailleurs comment cela serait-il possible ? La dernière étude de Coach Omnium "Les clients d'hôtels & leurs actes d'achat sur Internet" (mars-avril 2013) confirme ce qu'on savait déjà : seulement 16 % des voyageurs regardent encore les étoiles (18 % en 2012 et 64 % en 2008), qui n'ont donc aucune influence sur l'occupation hôtelière. Leurs 2 premiers critères de sélection sont le prix et la localisation des hôtels (plus de 70 %). Or, 94 % des clients recherchent un hôtel où séjourner via Internet.

Quant aux hôtels qui ont décidé d'abandonner l'affichage d'étoile(s), ils ne s'en portent pas plus mal, à la condition de développer une commercialisation efficace.

Si l'Insee commence à divaguer et à donner dans la désinformation (pour faire plaisir à qui ?), on ne pourra bientôt plus faire confiance à personne puisque ce n'est déjà plus possible depuis longtemps du côté des observatoires animés par les cabinets privés.


En résumé :

• Le nouveau classement n'est un succès ni auprès des hôteliers, ni auprès des voyageurs.
• Les hôtels sont montés artificiellement en gamme, grâce à des critères peu exigeants, mais rien n'a changé dans la qualité de leur offre/prestation avec les nouvelles étoiles.
• Le nouveau classement n'est pour rien dans la bonne performance des hôtels.


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