Hôtellerie : les étoiles sont bien éteintes

8 juin 2013

Le nouveau classement hôtelier, réformé, lancé en grande pompe en 2008 devait être le nec plus ultra dans l'excellence, dans toutes ses catégories, de la première à la cinquième étoile, pouvait-on entendre de la bouche des pouvoirs publics et des syndicats hôteliers, définitivement toujours fâchés avec l'honnêteté morale. Il devait permettre de "se rapprocher des attentes des clientèles touristiques internationales, monter l'hôtellerie française en gamme, moderniser l'offre et attirer les voyageurs", lit-on.

C'est très joli, mais juste un petit peu faux à en constater ses résultats sur le terrain.

On ne voit d'ailleurs pas bien comment cela aurait pu se faire, car les critères du nouveau classement sont au ras des pâquerettes et ont été élaborés sans interroger un seul touriste français et étranger (pour au moins demander ce qu'ils attendaient). De plus, dès lors où à présent 93 % des clients d'hôtels recherchent les hôtels où séjourner via Internet, ils ne sont plus que 16 % à déclarer regarder parfois les étoiles et encore comme un crière parmi plusieurs autres (le prix en premier), tandis qu'ils étaient encore 64 % à le faire en 2009.

Face à ces exigences ridiculement minimalistes, au moins 2/3 des hôteliers qui ont demandé leur nouveau classement ont trouvé que c'était une bonne idée d'afficher une étoiles de plus par rapport à leur ancien classement sans généralement enrichir, améliorer ni rénover leur établissement. Les hôtels de chaînes ont été d'ailleurs les premiers à faire ce choix étrange : Ibis est passé de 2 à 3 étoiles, idem pour Campanile, Novotel de 3 à 4 étoiles comme Mercure, etc.

Du coup, parmi les près de 12.500 classés à ce jour, on trouve — comme dans l'ancien classement — les meilleurs hôtels dans toutes les gammes et …les pires (voir photos ci-dessous). On aurait voulu tuer les étoiles que l'on n'aurait pas fait mieux. Ils ne servent à rien.

Pour résumer, si les clients d'hôtels ne s'intéressent plus aux étoiles, qui sont pourtant faites initialement pour eux, il n'y a guère plus que les hôteliers eux-mêmes, souvent en quête de reconnaissance — vaine, pour ce qui concerne les étoiles — qui s'y attachent, comme un enfant à une improbable médaille en chocolat.

En attendant, les étoiles auront au moins fait quelques heureux : en passant dans la réglementation des contrôles gratuits et impartiaux de la DGCCRF à des visites d'hôtels payantes, les cabinets de vérifications en charge de ce travail ont encaissé plus de 8,5 millions d'euros grâce à cette réforme, qui a décidément botté en touche. Si encore leurs inspections avait été bien faites. Mais à regarder les photos prises dans des établissements nouvellement classés, on doit en douter et admettre que le clientélisme a encore du succès.

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