Hôtellerie : quand les jeunes ne sont pas aidés à devenir entrepreneurs

21 septembre 2012

En France, les jeunes qui veulent se mettre à leur compte ne sont ni aidés, ni soutenus : ils ne parviennent pas dans leur grande majorité à devenir entrepreneurs. C'est encore pire dans l'hôtellerie où les moins de 40 ans sont rejetés de tout soutien.

Ils sont jeunes et ils sont beaux. Ils sont dynamiques, pleins d’envie et professionnellement, ils en veulent. Ils ont la pêche ! Jeune couple, Magali et Stéphane ont à peine 28 et 31 ans, mais ont déjà pas mal roulés leur bosse dans l'hôtellerie et la restauration depuis leur formation dans une école hôtelière et en apprentissage. Lui en cuisine et elle en salle, puis en réception d'hôtels. Leur début de carrière se fit surtout dans les chaînes pour elle et chez de bons chefs pour lui. Ils y ont presque tout appris. Tous deux Savoyards, ils se sont rencontrés à travailler ensemble dans le même hôtel à Paris. Bref, ce genre de rencontre est tout ce qu'il y a de plus courant dans nos métiers.

Depuis près d’un an, Magali et Stéphane veulent rentrer au pays et rêvent de reprendre ensemble un hôtel-chalet dans les Alpes. Ils savent qu’ils sont fin prêts à devenir entrepreneurs dans un métier qu’ils ont choisi et qu’ils connaissent déjà bien. Ils cherchent et visitent dès qu’ils le peuvent des petites affaires à reprendre, plutôt hors d’une grande ville parce que cela les attire davantage et aussi pour des raisons de budget. Le TGV en coup de vent vers la Savoie depuis Paris, ils connaissent. Pas pour se reposer, mais pour trouver l’hôtel-restaurant idéal à reprendre.

Le couple n’a pas beaucoup d’argent, mais leurs parents et un ami de leurs parents leur prêteront de quoi réunir tout de même l’équivalent de 30 % d’apport pour racheter une exploitation et la rénover. Et justement, ils ont repéré "L’Affaire", celle qui les fait vibrer, celle dont ils pensent qu’ils sauront l’exploiter avec succès. Son propriétaire est prêt à les choisir comme repreneurs. Le marché local semble suffisamment bon pour oser se lancer et le bâtiment presque entièrement mis aux normes est juste à rafraîchir et à redécorer avec goût.

Il ne manque donc plus à Magali et Stéphane qu'à toquer classiquement aux portes des banques pour trouver le complément de budget. S’ils pouvaient décrocher des subventions pour leur donner un petit coup de main, ce ne serait pas de refus non plus.

Absence de confiance dans les jeunes

Et c'est là que le début de l’enfer commence pour le jeune couple. Malgré un dossier complet, enrichi par un business plan monté avec l’aide d’un expert que connaissent les deux candidats, malgré des CV costauds et malgré une motivation à faire fondre les neiges éternelles du Mont-Blanc, Magali et Stéphane ne voient aucun de leurs efforts récompensé. Après près de 12 sollicitations à diverses banques, la réponse est invariablement la même — quand elle arrive — : « hélas, après un examen attentif de votre dossier, nous ne pouvons vous accorder un crédit ». Ce refrain, beaucoup d’hôteliers et de restaurateurs le connaissent par cœur. Ils ne cessent de l’entendre quand ils se retrouvent dans la même situation que ce jeune couple de professionnels. Le secteur est mal considéré et les banques n’y sont plus prêteuses.

Mais Magali et Stéphane ont un autre handicap de poids en plus de vouloir se lancer comme patrons d’un hôtel-restaurant, branche économique qui fait fuir les banquiers : ils sont jeunes. Comme sur le marché de l’emploi, ce sont les jeunes qui trouvent le moins facilement des aides et des soutiens pour s’installer dans leur première affaire. En moyenne, seulement un dossier sur dix avec ce profil est accepté en financement. 90 % de rejets, ce n'est pas rien.

De fait, un secteur d'activité qui ne parvient pas à installer les jeunes entrepreneurs est un secteur en grave difficulté et qui rompt avec son avenir. Rien de moins, rien de plus. Avec plus d'un hôtelier indépendant sur deux qui souhaite vendre son affaire (56 % — source Coach Omnium) et qui ne trouve pas de repreneurs, l'hôtellerie a un immense problème d'avenir, tant structurel qu'économique.

Car parallèlement, comme pour Magali et Stéphane, il y a de très nombreux jeunes qui souhaiteraient s'installer à leur compte, le plus souvent en couple. Ils ont généralement bien appris le métier après une formation hôtelière (ou autre) et ont passé quelques années dans des restaurants et des hôtels, parfois de chaînes. Grâce à ces parcours, beaucoup ont de bonnes connaissances techniques et en gestion. Malheureusement, on ne leur donne pas leur première chance. Les banques refusent de contribuer aux financements, les apports sont insuffisants, les bailleurs sont réfractaires et plus largement, les aides techniques et humaines n'existent pas pour entourer ces candidats à la création d'entreprise. On ne leur fait pas confiance.

Il faut ajouter que les affaires à vendre le sont souvent à des tarifs prohibitifs et non justifiés.

Il y a donc un malaise, car aider ces jeunes entrepreneurs à s'installer dans leur première affaire rendrait grandement service à la profession, à se dynamiser et à progresser, avec ce fameux sang neuf. La reprise d’affaires par de jeunes entrepreneurs pourrait être, bien souvent, la solution pour qu'un hôtel, une auberge ou un restaurant ne ferment pas, notamment voire surtout dans les campagnes et les petites villes.  

Un vrai plan de soutien aux jeunes

Le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française a déjà proposé depuis 5 ans qu'un travail s'organise sur cette situation préoccupante, avec pour aboutissement souhaité un véritable plan d'aide à l'installation des jeunes entrepreneurs dans les métiers de l'hôtellerie-restauration. Nous venons de le soumettre au Ministère en charge du tourisme, intéressé par le sujet, et attendons sa réponse.

Concrètement, ces aides pourraient se constituer autour de soutiens financiers ciblés « spécial jeunes entrepreneurs » (fond spécifique, aides, subventions et crédits cautionnés garantis, selon les cas). Mais, au-delà de l’argent, il s’agit également de pouvoir fournir des aides techniques et humaines d'accompagnement.

Dans ce dernier cas, l'objectif est de soutenir professionnellement les jeunes entrepreneurs dans leur reprise d'affaire existante, avant réouverture/reprise et au moins durant la première année d'exploitation. Cela doit se faire par du conseil en gestion, marketing, social et économique, etc. selon leurs besoins et ceux de l’hôtel-restaurant repris. La finalité est d’apporter à la fois une garantie à ceux qui se portent caution et aux financeurs, mais également à donner un maximum de chances à ces nouveaux entrepreneurs, qui ne manquent fatalement que d’expérience.

On peut y associer également un accompagnement pour les mises aux normes, la redécoration de l'établissement et les travaux. Mais ce travail d’assistance, fait pas des consultants et des spécialistes, nécessite lui aussi des financements, qui ne pourront pas venir des jeunes chefs d'entreprise pris à la gorge par leurs contraintes. Si des petites communes en milieu rural rachètent des murs d’hôtels et d’auberges et les proposent à des exploitants pour des loyers très bas — ce qui est déjà bien —, ce n’est malheureusement pas suffisant.

Enfin, nous proposons que se mettent en place des systèmes de parrainages des jeunes entrepreneurs, par des "anciens" : des professionnels retraités émérites, par exemple, qui aideraient bénévolement les jeunes à s'installer par un accompagnement éclairé de proximité. On peut également imaginer, pourquoi pas, des hôteliers et restaurateurs voisins, déjà expérimentés et bienveillants, servant de parrains.

Ce plan — s’il pouvait être mis en place — permettrait à Magali et à Stéphane, et à beaucoup d’autres jeunes qui rêvent de se lancer, de devenir patrons et peut-être de sauver des emplois et de revitaliser des destinations touristiques fragilisées, en remplacement d’hôteliers fatigués et désireux de prendre leur retraite.


Ce sujet de l’aide à l’installation des jeunes professionnels fait partie des propositions que développe le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française dans son Livre Blanc, à télécharger ici.

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