Hôtellerie : hypocrites nouvelles réglementations

10 août 2012 — màj août 2016

 

L’hôtellerie a vu une cascade de nouvelles réglementations lui tomber sur la tête depuis ces dernières années. De quoi faire plaisir aux technicistes de tout poil, mais aussi paradoxalement aux organisations professionnelles. Les gouvernements succesifs n'ont encore rien trouvé de mieux, pour réglementer en paix et éteindre toute velléité de contestation, de permettre aux syndicats de remplir leurs caisses avec ses réglementations, grâce à la formation et à d'autres artifices qui les accompagnent souvent. Passons.

Au nom du sacro-saint principe de précaution, les pouvoirs publics ont du coup balayé plus de 30 ans de laxisme qui sévissait dans la profession. Mais là, c’est trop. On se demande si toutes ces nouvelles normes sont un mal nécessaire ou …un mal tout court. Et surtout si elles se justifient vraiment.

Prenez la réglementation sur les piscines. Depuis 2006, toutes les piscines, qu’elles soient à usage familial ou collectif, ont dû être équipées de dispositifs de protection normalisée pour circonscrire les noyades. On a ainsi vu fleurir des milliers de kilomètres de barrières — souvent laides — autour des piscines des hôtels, des villages de vacances et autres résidences de tourisme, faisant le bonheur de nombreux fournisseurs qui n’en demandaient pas tant. Sauf que cette montagne de précautions n’a pas changé les statistiques de noyades, y compris chez les jeunes enfants.

Selon l’Invs, le volume de noyades accidentelles constatées tous les ans est globalement le même avant et après la loi. En somme, la réglementation et ses contraintes en termes d’équipements de sécurité n’ont rien changé à la situation. Devant la « dangerosité estimée » des piscines, on peut se demander pourquoi il n’y a pas de barrières en bordure des lacs, des cours d’eau et même de la mer (!). En allant plus loin, on peut également trébucher sur un quai de métro ou de gare et tomber sous un train. Pourquoi ne pas encager ces lieux également ?

C'est là que l’on s’aperçoit des limites de la réglementation où finalement l’on peut légiférer tant que l’on veut, devant l’imprudence ou encore le manque de surveillance des enfants par leurs parents, la mort restera toujours la plus forte. Alors pourquoi imposer tant d’investissements finalement aussi inutiles que très coûteux ?

Même chose pour la sécurité incendie qui bien sûr s’impose comme une nécessité, mais dont les normes sont extrêmement exagérées dans leurs exigences. Sans parler de leurs textes qui sont interprétés avec liberté par les Commissions de sécurité, occasionnant des frais (lourds) souvent non justifiés et de toute façon non productifs : qui ne génèrent aucun chiffre d’affaires et ne peuvent s’amortir économiquement. Fallait-il vraiment ce canon pour tuer une mouche tandis qu’on ne compte pas dix sinistres significatifs dus à des incendies dans des hôtels de tourisme en France depuis dix ans ? A ne pas confondre avec ce qui s’est passé dans « les cages à dormir au mois » parisiens qui n’étaient pas des hôtels de tourisme.

En parlant d’engagements improductifs, la nouvelle loi sur l’accessibilité réserve elle aussi son lot de mauvaises surprises financières. Cela va coûter énormément d’argent aux hôteliers pour adapter leur établissement, tandis qu’on estime qu’il n’y a que 3 personnes avec un vrai handicap moteur ou physique pour 1.000 clients d’hôtels — voir notre article sur le sujet. Là aussi, il ne s’agit pas de contester ce qui est fait pour une minorité qui souffre, au nom de l’égalité des chances et des droits. Sauf que cette réglementation comme les autres, semble-t-il, est très disproportionnée dans ses obligations par rapport à l’enjeu et à la réalité qui se trouve sur le terrain.

Sans parler des chocs étranges entre réglementations. Ainsi, par exemple, quand les textes sur l'accessibilité souhaitent qu'une personne à mobilité réduite puisse obtenir une chambre avec vue au plus haut étage d'un hôtel, ceux sur la sécurité incendie attendent que les chambres pour personnes handicapées soient au plus près du sol, si possible en rez-de-chaussée.

Plus largement, pour élaborer toutes ces normes, personne n’a pas pris en compte les spécificités de l’hôtellerie et des hôtels. Exactement comme le nouveau classement — les étoiles — qui a été tricoté par ses auteurs sans étudier les caractéristiques de notre offre hôtelière et sans interroger un seul client d’hôtel. Ces lois et décrets ressemblent à des coups de tampon, qui tombent n'importe où sur une feuille de papier, pourvu qu'ils se voient.

On comprend du coup que ces réglementations coûteuses sont hypocrites, ne prenant pas en compte les vrais besoins des consommateurs et des professionnels. Elles ne servent au final qu’à protéger l’administration elle-même, dont en premier chaque préfet, et à leur permettre de se dédouaner et de se déresponsabiliser face à un quelconque risque de procès.

Aussi, le législateur n’a aucun scrupule à décider sans frein de nouveaux impératifs toujours plus contraignants et chers, et à déporter leur financement vers le secteur privé, quitte à ce que cela le fragilise un peu plus. Cela ne coûte rien à l'Etat et aux collectivités, leur donne bonne conscience et renforce leur image de grand protecteur. Car — est-il besoin de le rappeler —, ces nouvelles normes, au nom de "l’intérêt supérieur public", contribuent toutes à tuer un peu plus et un peu plus vite la petite hôtellerie, pour ne parler que d'elle. Des centaines d'hôtels indépendants disparaissent par incapacité de les financer. Et encore, les hôteliers qui auront trouvé de quoi les satisfaire, n’ont plus de fonds pour moderniser leur offre. Il leur est donc impossible de garder leurs clients qui fuient chaque jour un peu plus parce que l'hôtellerie française a pris un gros coup de vieux.

Mais apparemment, personne ne s’intéresse à ce problème et ne cherche à inverser la tendance, le prenant fautivement comme une fatalité. 


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