Bigre ! La France découvre qu'elle avait des palaces !

24 mai 2011

palace.001-001Voilà, le premier couperet est tombé. Le jury "palace", présidé par l’académicien Dominique Fernandez, mis en place par le Ministère en charge du tourisme du temps d'Hervé Novelli, a décerné royalement 8 panonceaux "palace" pour 14 candidats déclarés et une vingtaine d'hôtels français potentiellement concernés. A présent, ni les journalistes ni les clients d'hôtels ne pourront plus — c'est sûr — appeler l'hôtel qu'ils veulent : "palace".

C'est réglementé, protégé, légalisé. En tout cas, même pour les hôtels d'exception qui ont toujours été considérés comme des palaces, on n'a plus le droit de les nommer ainsi. Même pour les hôtels qui n'ont pas demandé à être distingués par ce label et qui en ont pourtant tous les attributs. Même pour les établissements de grand luxe qui viennent d'ouvrir et qui n'ont rien à envier aux plus anciens. Quant aux clients d'hôtels, certains croyaient naïvement que c'était eux qui déterminaient si un hôtel était un palace ou non. Non, justement ; tout le monde s'est furieusement trompé. C'est une administration et un jury de quelques personnes choisies on ne sait comment qui disent qui est un palace et qui ne l'est pas. Les clients, quels clients ?  D'ailleurs, est-il juridiquement possible de protéger à l'INPI un nom commun comme "palace" ? Atout France l'aurait fait. 

C'est décidément une habitude dans ce pays de mettre en place des réformes pour les consommateurs, sans étudier leurs attentes et sans trop leur demander leur avis. On aime faire le bien des gens malgré eux. Une habitude vous dit-on ! Voyez le nouveau classement hôtelier, la TVA en restauration, etc. tout est fait ainsi. Passons.

Cette clownesque opération des palaces, n'en a-t-on pas trop parlé depuis plus d'un an ? Et ce pour à peine une poignée d'hôtels, qui semble-t-il, à moins que nous ne nous trompions, étaient déjà des palaces avant qu'un improbable jury et Atout France ne viennent y mettre leur grain de sel. Certes, le label est supposé être un moyen pour que le premier venu ne puisse s'autoproclamer palace. Mais comme souvent, si l'idée est séduisante, sa mise en pratique laisse à désirer et sa crédibilité est hésitante. Et ne parlons pas du surprenant jury, qui ne fait pas l'unanimité par sa compétence (lire l'article dans Capital), avec des risques de conflits d'intérêts et de manque d'indépendance de ses membres.

Mais c'est surtout l'indécence de la situation ultra médiatisée autour de ce sujet très bling-bling, comme l'aime tant le gouvernement actuel, qui heurte les esprits. Pourquoi ? Parce que pendant ce temps près de 4.000 hôtels sont en train de crever. Personne n'y fait rien, aucun regard ne porte sur eux et le gouvernement, qui est le seul à pouvoir changer leur destinée, reste absent. On préfère parler d'un non-événement autour de quelques palaces et ignorer le reste, tout comme le Ministère ne donne toujours pas de nouvelles sur l'incidence de la mise en conformité en août 2011 de la réglementation incendie qui va faire fermer un grand nombre d'hôtels qui ne pourront pas financer les travaux.

Frédéric Lefebvre, Secrétaire d'Etat en charge du tourisme, non content d'être silencieux sur les vrais sujets qui minent l'hôtellerie française, nous explique que "la création de cette distinction "palace" va surtout valoriser l'image de la France et renforcer son attractivité". Difficile de gober ça, en vérité. Comme si les touristes étrangers allaient accourir dans notre beau pays pour se rendre compte de l'excellence d'une cohorte de palaces à la française. "A la française", pas tout à fait non plus, puisque la majorité des hôtels concernés appartiennent à des propriétaires étrangers, qui par chance y ont beaucoup investis à fonds perdus. Cette approche de la "valorisation de l'image de la France grâce aux palaces" est d'autant plus perverse qu'elle sert à masquer la réalité d'une hôtellerie en grand retard de modernité. C'est un stratagème utilisé également en restauration où parler des grands chefs est fait pour faire penser que toute la restauration suit un mouvement d'excellence comme eux. Est-ce que la désinformation va ainsi continuer à enfumer le secteur ou est-ce que ses responsables vont enfin travailler sur sa problématique, avec dignité et compétence ? Nous posons la question — en vain — depuis déjà 5 ans.

• Lire aussi : "Mais au fait, pourquoi le label Palace est-il gratuit ?", sur notre page Facebook.

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