Le flop des étoiles continue
2 janvier 2012
Une nouvelle étape dans le nouveau classement hôtelier est passée : celle du 1er janvier 2012. Atout France, par son directeur, avait (espéré ?) promis dès juillet 2011 que 8.000 hôtels seraient classés à l’échéance de la fin de l’année 2011, comme le rappelle le Figaro dans un article du 15 décembre dernier. Hélas pour lui, seulement 2.997 hôtels ont été classés au 2 janvier 2012, soit un score très loin de celui qu’espérait le Ministère en charge du tourisme, Atout France et les syndicats hôteliers, décidément totalement désarmés face à leur échec réformiste.
Le classement a surtout eu du succès dans le moyen et le haut de gamme qui pèsent près de 70 % des nouveaux panonceaux rouges ou or, soit 2.071 hôtels. Il y a même 170 hôtels 5 étoiles, qui est le vrai succès de l’opération. Quant aux palaces, qui sont des 5 étoiles « plus », on n’en compte que 9 officiellement dans l’hexagone. Pourtant, bien sûr, on peut être un palace et en posséder tous les attributs sans avoir demandé à bénéficier de la distinction idoine…
Il y a donc à peine 17 % des hôtels classés selon les normes de 1986 (ancien classement) qui ont obtenu à ce jour le nouveau classement et seulement 14 % de l’ensemble des hôtels français. Ces nouvelles normes, lancées il y a déjà 2 ans (et 3 ans pour la 5e étoile), étaient pourtant considérées comme le nec plus ultra de la modernité, devaient porter l’hôtellerie française vers le summum de la qualité, attirer la clientèle étrangère et redorer le blason du tourisme français, à en croire ses auteurs. Hélas, les hôteliers ne semblent pas avoir compris cette subtilité et font de la résistance. Mais pas tous.
Atout France peut remercier certaines collectivités départementales d’avoir obligé les hôteliers à se faire classer pour obtenir une aide ou une subvention. Mais aussi Oséo, qui impose la même chose pour faire bénéficier de ses crédits. Quant aux chaînes hôtelières intégrées, elles font un cadeau avec plus de 770 hôtels déjà classés. Elles représentent 25 % des nouveaux inscrits, dont 620 adresses pour le seul groupe Accor.
Quand on sait également que le nouveau classement a été une aubaine pour 49 % des hôteliers de demander, sans effort, une étoile supplémentaire par rapport à leur ancien classement — grâce au minimalisme des exigences du référentiel —, on comprend mieux ce qui s’est tramé.
Dans tous les cas, les hôteliers indépendants dans les gammes économiques ne se sont pas jetés dans les bras des étoiles nouvelles. Et rien n’y fait. Ni les incantations des patrons de syndicats, ni les menaces de boycott d’Atout France, ni la désinformation d’un organe de la presse professionnelle. Pour atteindre le meilleur score d’ici juillet 2012, il faudrait que 500 hôteliers par mois soient classés en 6 mois, ne serait-ce que pour obtenir comme en Allemagne ou en Autriche 1/3 d’hôtels avec des étoiles. Or, ce pari — pourtant modeste, voire ridicule — sera difficile à gagner, même s’il reste plus de 2.200 hôtels de chaînes intégrées à faire classer. A moins d’offrir les coûts des audits de vérification aux hôteliers indépendants et de rendre le système moins complexe et moins administratif qu’il ne l’est.
Quoi qu’il en soit, le désintérêt des professionnels est à comparer à celui qu'exprime la clientèle hôtelière pour les étoiles. Cette dernière choisit autrement ses hôtels sur Internet — par le prix —. Devant la nullité de l’impact commercial des étoiles sur leur activité, les hôteliers savent qu’ils pourront rester de bons hébergeurs, sans qu’un panonceau rouge (ou or) ne soit nécessaire pour le démontrer.