Les mauvais arguments contre la hausse de la taxe de séjour
3 octobre 2014

La hausse de la taxe de séjour en hôtellerie crée de nouvelles émotions bien compréhensibles. Elle était pourtant prévisible, sauf par ceux qui auraient dû la prévoir. Mais la ligne de défense pour manifester contre cette inflation fiscale est bien légère et amateuriste.

 

Et voilà... les hôteliers se sont fait classer avec les nouvelles normes (80 % des hôtels en France), ils sont nombreux à avoir demandé une étoile supplémentaire (sans enrichir leur prestation et sans moderniser leur établissement dans la majorité des cas), ils paient pour l'audit de classement (tous les 5 ans) et maintenant ils vont voir grossir la taxe de séjour qu’ils doivent facturer à leurs clients. Et nous ne parlons pas des réglementations coûteuses tombées depuis ces dernières années et de l’augmentation de la TVA. Les non classés (20 % des hôtels), même avec des chambres à 250 euros (oui, ça existe et on trouve parmi eux des hôtels de grande qualité sans afficher d'étoiles), auront une taxe de séjour maintenue au plus bas.

Les hôteliers se sont fait avoir à courir après les étoiles, leur médaille en chocolat, et certains commencent à s’en mordre les doigts.

Et pourtant, il fallait s’y attendre. Au moment où l’Etat et les collectivités en banqueroute cherchent à tout prix de l’argent frais et sous les coups des annonces victorieuses répétées comme par un infatigable garde-champêtre sur son tambour de « la France première destination touristique mondiale », on ne pouvait pas imaginer autre chose que la création de nouvelles taxes hôtelières ou l’alourdissement de celles existantes. Le plafond de la taxe de séjour due par la plupart des touristes français et étrangers dans un hébergement marchand (voir en fin d’article) sera dans ce sens doublé.

Selon les Echos, le gouvernement a acté ce relèvement de la taxe de séjour, passant d‘un euro à deux par nuit et par personne pour les hôtels trois étoiles. Le plafond de la taxe sera porté à 2,50 € pour les hôtels quatre étoiles, trois euros pour les cinq étoiles et enfin 3,50 € pour les palaces, contre 1,50 € aujourd'hui. Cela concernera potentiellement près de 50 % des nuitées hôtelières si on tient compte des communes qui les appliquent et fera entrer dans les caisses publiques au minimum 600 millions d’euros supplémentaires par an. Les gammes 1 à 2 étoiles et les hébergements non classés verront leur taxe de séjour rester à l’identique.

Pour le moment, seule l’hôtellerie classée est concernée par cette mesure inflationniste. On peut ainsi se demander pourquoi elle en exclusivité et pas les autres hébergements marchands. On peut également regretter que le système des locations d’appartements et de maisons par des particuliers de type Airbnb ne soit pas affecté par ces prélèvements, même si la mairie de Paris parle de s’en occuper au plus vite.

Le classement hôtelier, un faux ami
Il est d’ailleurs amusant (si on veut) de constater qu’après avoir encouragé les hôteliers à se faire « étoiler » massivement après l’avènement du nouveau classement sur la base de piètres promesses, les services gouvernementaux passent à présent à l’heure de l’addition, sachant toutefois que les maires restent maîtres de la mise en place d’une augmentation de cette fiscalité sur leur commune ou pas. Les hôteliers pensent avoir été trompés — ce que le Comité avait annoncé dès 2009 — et commencent à comprendre que le classement de leur établissement induit des inconvénients bien pervers.

D’autant que les clients ne regardent globalement plus les étoiles dans leurs requêtes hôtelières, mais les prix, et que le volume de nuitées reçues dans les hôtels français est le même depuis 2008 (env. 197 millions). Le classement n’a rien changé ni amélioré, sinon de coûter plus cher aux hébergeurs.

Dans un même temps, tout n’est pas si noir : la taxe de séjour pourra être présentée distinctement et sortie du prix de vente de la chambre. Cette petite part échappera aux commissions des intermédiaires et à la TVA. Par ailleurs, elle est à Paris très en dessous des 8 euros voulus initialement par la mairie, même si cette dernière n’a pas dit son dernier mot.

Evidemment, confrontés à ce projet gouvernemental qui ne demande qu’un décret d’application, les syndicats hôteliers ont été une fois de plus à la ramasse. Jamais à la pointe de l’information, ils ont découvert le projet dans un journal économique avant même de tenir une réunion avec le ministère en charge du tourisme sur le sujet. Question lobbying et influence dans les couloirs ministériels, on repassera. Eux qui pensaient être à la bonne avec le super-ministre Laurent Fabius, qui s’est pris sur le tard d’amour pour le tourisme, en sont pour leurs frais. Ils constatent de nouveau que leur crédibilité est proche de zéro et que personne n’a envie de jouer le jeu de la concertation avec eux.

Action syndicale amateuriste
Plus largement, on constate — comme sur la plupart des autres dossiers qu’ils traitent — leur impréparation et leur naïveté, présentant comme toujours une attitude rétrograde et corporatiste, avançant des contrevérités et des menaces de dernière minute qui mettent à mal la défense des intérêts de la profession.

Vexées d’avoir été négligées, mais elles devraient en avoir l’habitude maintenant, les organisations professionnelles hôtelières — essentiellement l’Umih — promettent la guerre, dont l’abandon du classement. C’est bien sûr du bluff car elles n’ont aucune mainmise sur le comportement de la profession, comme à l’époque de la baisse de la TVA en restauration. Leurs interlocuteurs gouvernementaux le savent très bien. Elles qui étaient si « fan » du nouveau classement et qui lui trouvaient tant de vertus, sont maintenant prêtes à le « bégoniser » comme une vulgaire mouche.

Et là aussi, comme d’habitude, les syndicats hôteliers mettent en avant des arguments qui ne tiennent pas la route et qui finissent par les ridiculiser auprès des pouvoirs publics, mais aussi du grand public. Et tout cela n’est pas bon pour l’image au secteur qui n’en avait pas besoin.

Par exemple : « Le relèvement du plafond de la taxe de séjour va produire une hausse des prix et fera fuir les touristes ». Qui va croire cette sornette qu’un euro de hausse de la taxe de séjour par client sur un prix de chambre de 85 € en 3 étoiles (hors Paris) va produire cet effet ? Et puis surtout, avec la saisonnalisation des tarifs et le magique yield management, les hôteliers ont pris l’habitude de relever leurs prix d’un jour à l’autre de 30 %, 60 %, 100 %, voire de les tripler (à Paris) ! N’est-ce pas plutôt cela qui fait fuir les touristes et qui les découragera à rechoisir les hôtels pour leurs futurs séjours au profit d’autres formes d’hébergement ? Cela s'appelle se tirer une balle dans le pied.

« En visant les trois étoiles, on attaque le cœur de cible de l'hôtellerie française, qui n'est pas fréquentée par des touristes mais majoritairement par une clientèle française », a-t-on pu également entendre de la bouche des représentants de l'hôtellerie. Le « majoritaire » l’est à peine, puisque les clients français ne sont que 60 % sur l’ensemble du parc des 3 étoiles français.  

Et ne parlons pas de l’improbable rapport servi par Alliance 46.2 lancé par les grands groupes de tourisme, dont Accor en tête, censé dénoncer tout risque de hausse ou de création d’une nouvelle taxe de séjour. Un élève de CM2 y verrait immédiatement l’étude de complaisance cousue de fil blanc et la supercherie bien grasse : voir notre article sur le sujet.

Les syndicats hôteliers ont beau rappeler en boucle que le législateur et le gouvernement ne comprennent rien aux spécificités de l’hôtellerie, mais ils ne font vraiment rien pour parvenir à ce que cela change et que le secteur soit compris. La stratégie opportuniste au jour le jour — si toutefois on peut appeler cela une stratégie — n’a jamais fonctionné.

Instabilité fiscale

Certes, les exploitants hôteliers n’en peuvent plus de l’instabilité permanente dans les décisions des gouvernements qui se succèdent et du manque de visibilité fiscale. Mais la hausse de la taxe de séjour ne représente pas de menace pour leurs affaires et ne leur fera que devoir collecter et reverser un peu plus d’argent à la collectivité, ce qui est toujours bon pour la trésorerie.

Bien sûr, tout le monde aurait préféré que cette augmentation n’ait pas lieu ; mais il faut aussi que la profession comprenne qu’elle doit se montrer solidaire face à la situation économique du pays si elle veut être respectée. Elle a ses propres problèmes que le Comité explique d'ailleurs à longueur de temps, de sondages et d’études (voir également notre Livre Blanc de la Modernisation Hôtelière et Touristique). Mais pas plus que la plupart des PME françaises. D’autant que les explosions de prix affichés des hôtels dans les grandes villes sont de moins en moins admises par la clientèle, qui y voient une contradiction avec les pleurs pas toujours justifiés des hôteliers.

 


La taxe de séjour doit être payée par le touriste qui loge dans l'un des hébergements suivants  : hôtel, résidence de tourisme, meublé de tourisme, chambre d'hôtes, village de vacances, camping (ou terrain de caravanage), port de plaisance, autre type d'hébergement (par exemple en auberge de jeunesse, en hôpital thermal). Elle est due par personne et par nuit. Elle est directement réglée au logeur, à l'hôtelier ou au propriétaire qui la reverse à la commune. Cette fiscalité est — en principe — utilisée au profit de l’équipement et de la fréquentation touristiques, mais personne ne peut en être sûr. Le tarif actuel varie de 0,20 € à 1,50 € par personne et par nuit, en fonction du type d'hébergement et de son standing. Voir sur site Service public.

 

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