Les prêts aux hôteliers par Bpifrance : non accessibles à ceux qui en ont le plus besoin

19 décembre 2013

Le prêt participatif pour la rénovation hôtelière (PPRH) lancé par le précédent gouvernement est une bonne idée et une belle aide financière aux hôteliers indépendants. Sauf que… il n’est pas accessible à ceux qui en ont vraiment le plus besoin.

Bpifrance, la nouvelle banque publique d’investissement qui a absorbé Oseo dans son organisation, a élargi le cadre des bénéficiaires du prêt participatif pour la rénovation hôtelière (PPRH), au-delà du monde rural et des petites villes, vers les hôtels situés dans les aires urbaines de plus de 500.000 habitants.

Sylvia Pinel, ministre du Tourisme, a salué l’avenant de ce contrat qui aidera peut-être Bpifrance à …le sauver. Car jusqu’ici, le PPRH n’a pas fait recette auprès des hôteliers avec sans doute moins de 300 dossiers traités depuis son lancement en 2009. Ce chiffre est une estimation faite par sondage, car il est officiellement protégé comme un secret d’Etat.

Pourtant, cette mesure était une bonne idée pour un bon projet. Ouvert aux hôtels indépendants, y compris les franchisés des chaînes hôtelières intégrées (qui sont généralement exclus des aides publiques), le PPRH aide à réaliser les travaux tout en préservant la trésorerie. Le rêve.

Les hôteliers peuvent emprunter entre 30.000 et 600.000 euros à un taux privilégié pour financer leur projet, sans obligation de garantie sur les actifs de l’entreprise, ni caution personnelle du dirigeant. Re-rêve. Un prêt bancaire accompagne systématiquement le PPRH. Son montant est au moins égal au PPRH. Il peut être garanti par Bpifrance à hauteur de 40 %, voire 70 % avec le soutien des Régions. L’idéal, en somme, quand on sait combien l’hôtellerie a du mal à décrocher des crédits.

Ce financement concerne les travaux de rénovation, d’extension et de mise aux normes de sécurité et d’accessibilité ou encore l’achat d’équipement, de mobilier, de matériel, et notamment ceux liés à une démarche de développement durable. Enfin, il peut couvrir les dépenses liées au service au client (formation, documentation commerciale, site Internet, etc.), ainsi que les dépenses liées à la fermeture éventuelle de l’établissement pendant les travaux (dans la limite de 25 % des travaux).

Comme à sa naissance, on ne peut qu’applaudir des deux mains de l’existence de cette aide sérieuse (garantie par la Caisse des Dépôts), élargie désormais aux hôtels dans toutes les configurations géographiques, en ville comme en milieu rural.

Conditions d’accès très filtrantes
Sauf que la barre à atteindre pour bénéficier de ce sacré coup de main financier se situe très haut. Car, pour que leur demande puisse être éligible, les hôteliers doivent répondre à des critères qui peuvent être insurmontables. Si on souhaite qu’ils s’engagent dans un programme de rénovation pour répondre aux nouvelles normes de classification, la contrainte est certes mineure. On sait en effet que les exigences du nouveau classement hôtelier sont si minimalistes, que le moindre professionnel, dans toute gamme, devrait parvenir à les satisfaire sans effort — voir notre page d’analyses « spécial classement hôtelier ».

On notera toutefois que pour daigner ouvrir un dossier, Bpifrance oblige les hôteliers à faire classer leur hôtel, ce qui n’est pas une garantie de qualité à la clientèle et est en contradiction avec la liberté d’entreprendre inscrite dans les lois, puisque demander des étoiles n’est pas obligatoire. Mais, l'organisme est bien sûr libre d'imposer les conditions d'accès à ses aides qu'il souhaite. 

Au-delà de ce ticket d’entrée précédent, finalement peu redoutable (se faire classer), Bpifrance exige que les entreprises hôtelières soient « bénéficiaires et en croissance » (dans leur activité — NDLR). Or, dans la conjoncture actuelle, il y a de moins de moins d’hôtels bénéficiaires et surtout en croissance. Surtout dans la petite hôtellerie de moins de 25 chambres (majoritaire avec environ 9.000 hôtels en France sur un total de 17.000) qui est sans doute celle qui aurait le plus besoin et l'envie de profiter du PPRH.

L’étude économique sur la petite hôtellerie, réalisée par Coach Omnium pour le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française, parue en décembre 2013, confirme que 6 hôtels de 25 chambres et moins sur 10 sont non seulement en déficit ou en juste équilibre dans leurs comptes (compte d’exploitation autour de zéro bénéfice), mais de plus, leur situation économique n’a cessé de se dégrader depuis ces dernières années. Ils ne sont donc ni en croissance ni bénéficiaires.

L'accès au PPRH aurait justement pu aider bien des hôteliers à redevenir bénéficiares et à retrouver une croissance, en rénovant leur offre.

Du coup, avec cette contrainte filtrante, on comprend mieux pourquoi le PPRH n’a pas été un succès jusqu’à ce jour malgré le beau cadeau qu’il représente. On peut penser que, comme on ne prête qu’aux riches et aux moins nécessiteux, ce sont les hôtels les plus grands, situés dans les villes avec un marché florissant ainsi que les franchisés de chaînes qui se portent plutôt bien, qui vont profiter à plein de l’élargissement de cette aide avantageuse fournie par Bpifrance.

Ce n’est donc hélas pas le PPRH qui va contribuer à permettre à l’hôtellerie française de se moderniser et à retrouver les couleurs qui lui font défaut. Quant au salut qui lui a été témoigné par notre ministre du Tourisme, il ne se justifie pas vraiment.

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