Hôtellerie : Minimum syndical
18 juin 2011
Les relations entre le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française et les syndicats hôteliers sont compliquées ; c'est bien le moins que l'on puisse dire.
Cela a commencé dès notre création en 2006, avec André Daguin, alors président fédéral de l'Umih, qui nous a aussitôt déclaré une guerre totale. Hélas, il ne savait pas du tout ce que nous faisions et ce n'est pas faute par nous d'avoir cherché à le lui expliquer. Il ne s'était arrêté qu'à nos interventions dans les médias, qui le dérangeaient personnellement, pour considérer que nous n'avions pas notre place dans sa chasse gardée de l'hôtellerie française. Dans son sillage, le principal journal professionnel a cru bon de le soutenir, par une désinformation permanente et gratuite contre nous.
L'ensemble des présidents des syndicats concurrents à l'Umih ont fait de même. M. Daguin était leur modèle, probablement. Tous ont pensé qu'en feignant de nous ignorer et en nous jetant des peaux de banane sous les pieds, ils nous feraient taire et capituler. Mauvais calcul. Notre rôle est bien trop important pour se plier si facilement devant des menaces de tigres de papier.
Guéguerre absurde et stérile
Ce mouvement discriminatoire et agressif à notre égard ne nous a bien sûr pas perturbé. Nous faisons ce que nous avons à faire, pour aider l'hôtellerie française, avec nos moyens. Mais cette guéguerre absurde et puérile a bloqué de nombreux dossiers que nous aurions pu traiter ensemble, sur lesquels nous avons de réelles compétences, et qui n'ont pas avancés comme ils auraient dû.
L'épisode où le groupe Accor et les 5 syndicats hôteliers ont fait table rase pour travailler en chambre close (sans le Comité et d'autres intervenants très utiles) sur le nouveau classement hôtelier est un exemple parmi d'autres d'un véritable gâchis ; quand on voit ce qu'il en est sorti d'aberrant et d'inutile.
En même temps, il faut parvenir à comprendre nos 5 syndicats hôteliers, qui se présentent volontiers comme les uniques représentants de la profession. Ils sont déjà en très fortes rivalités entre eux ; devoir supporter que d'autres viennent marcher sur ce qu'ils ont auto-proclamé comme étant leurs plates-bandes, doit être au-dessus de leurs forces.
Rivalités entre syndicats hôteliers
Cette rivalité entre organisations professionnelles n'est pas de faïence. Dans ces syndicats patronaux, le plus important n'est pas leur responsable juridique, leur avocat, leur légiste (quand ils existent), c'est… leur responsable de la communication. A force de fréquenter les ministres qui se succèdent, ils en sont arrivés à faire comme eux : communiquer à tout va, quitte à ne voguer que dans les effets d'annonces. Avec la complicité de deux ou trois titres de la presse professionnelle, qui pensent ainsi s'attirer leur bonne grâce dans l'idée d'engranger de nombreux abonnements d'exploitants des CHR.
Leur communication leur donne une notoriété et surtout, est destinée à faire croire qu'ils travaillent sur des dossiers. Parlez, parlez, il en restera toujours quelques chose… Le résultat est que l'on assiste à une véritable cacophonie sur n'importe quel sujet d'actualité, où chacun (ou presque) pense qu'il doit être le premier à communiquer et à passer des messages dans les médias. Quel est l'enjeu ? Soit donner de l'importance au syndicat pour lui permettre de recruter des adhérents ou flatter ceux qui en sont déjà. Soit un enjeu et un intérêt plus personnels pour certains : je montre ma bobine partout, je roule pour moi.
Car, outre le fait qu'il y a trop de syndicats hôteliers dans le secteur, sans compter les syndicats de restaurateurs — car chacun agit dans son coin —, ces organisations manquent d'adhérents et donc d'argent. D'ailleurs, combien de professionnels dans les CHR sont affiliés à un syndicat ? Personne ne le sait vraiment. Sans doute autour de 30 % à 40 %, à peine. C'est un secret d'Etat. Mais cela n'empêche pas les uns et les autres d'annoncer des chiffres astronomiques d'adhérents, difficilement vérifiables : 80.000 rien qu'à l'Umih. On pense rêver.
D'ailleurs, il était question qu'il y ait un bilan de représentativité des uns et des autres, dont on n'entend plus parler. Et pour cause.
Chercher des ressources auprès des professionnels
Pour autant, faute de trouver des sous au travers des cotisations, les syndicats hôteliers sont parvenus à installer leurs vaches à lait, qui leur font trouver des ressources autrement. Ce sont les centres de formations ou encore en satellite, les diagnostics et autres prestations à vendre aux patrons de CHR. Et pour ça, les pouvoirs publics les ont vraiment gâtés comme des enfants à Noël, par une cascade de nouvelles réglementations. Au frais des professionnels. La création du permis d'exploiter en restauration, que les syndicats patronaux hôteliers contrôlent, leur met du bon beurre dans les épinards. Les pré-diagnostics ou diagnostics autour de la sécurité incendie, de l'accessibilité ou du nouveau classement hôtelier leur permettent de faire entrer de l'argent frais, via les partenaires.
Sans compter les divers stages de toutes sortes au travers de leurs centres de formations et CFA. Ou encore les réductions obtenues pour les syndiqués sur la redevance TV ou encore la Sacem. Pourquoi pas. D'ailleurs, cela favorise les syndicats pour obtenir davantage d'inscrits. Car sans ces avantages fiscaux ou para-fiscaux, il y aurait infiniment moins de syndiqués. Ces économies paient plus ou moins leurs cotisations. Mais, peu sont de vrais syndicalistes convaincus et militants actifs.
A espérer ainsi pouvoir profiter de chaque nouvelle réglementation pour se financer grassement, on se demande bien si la nécessaire impartialité et indépendance que les syndicats hôteliers devraient avoir à l'égard des pouvoirs publics est toujours de mise. A en croire leur façon de faire, la porte d'entrée vers l'allégeance aux politiques semble très grande ouverte. Certains les voient comme des toutous suiveurs de l'administration et des pouvoirs publics. Est-ce vraiment ce que leurs adhérents, qui leur font confiance, attendent d'eux ?
Suiveurs et pas anticipateurs
Comment ont-ils pu laisser passer, sans broncher ou presque, la réglementation telle qu'elle se présente sur la sécurité incendie dans les hôtels, sur l'accessibilité, sur les aides (Oséo) à la modernisation (inaccessibles pour le commun des professionnels indépendants) et un tas d'autres lois nouvelles, correspondant généralement à des obligations d'investissements improductifs pour la profession ?
D'aucun disent — les insolents — que nos syndicats hôteliers ne travaillent pas et préfèrent les cocktails et petits fours offerts par les fournisseurs, le ministère du tourisme, la presse professionnelle et bien d'autres. On leur reproche d'être des wagons de queue et pas des anticipateurs sur tous les sujets et dossiers qui concernent les CHR. On doute là encore de leur indépendance vis-à-vis de l'Etat quand on voit des présidents de syndicats accepter une décoration en cours de mandat. On se met à cogiter quand on assiste aux batailles médiatiques du "à-qui-saura-être-le-premier-et-le-plus-présent-dans-la-presse". Beaucoup pensent que leurs corporatisme et conservatisme d'un autre âge ne font qu'enfoncer un peu plus le secteur hôtelier dans la tourmente et l'obscurantisme.
L'épisode bien malheureux de la baisse de la TVA en restauration a été une illustration criante de l'incapacité des syndicats patronaux à travailler correctement pour le bien du secteur. Ils s'étaient engagés dans des promesses et des engagements mensongers, tout en sachant qu'ils n'avaient aucun moyen de les faire respecter et appliquer sur le terrain. Le résultat est pitoyable pour l'image de l'ensemble des restaurateurs français, qui ne méritaient pas cela. Au nom d'une prétendue réparation d'une injustice fiscale, la restauration a finalement commis à son tour cette même injustice fiscale au détriment de la clientèle, dont on a pourtant besoin, en principe.
Car enfin, que font-ils nos syndicats hôteliers pour sauver les milliers de cafés et d'hôtels qui vont fermer prochainement par incapacité à s'adapter à l'évolution des règles économiques ? Pourquoi ne travaillent-ils pas sur l'avenir de la profession et sur le besoin d'attirer les jeunes pour faire carrière ? Où sont leurs compétences tant juridiques, économiques, sociales ? Si ces dirigeants syndicaux ne savent gérer qu'un bar, un café, un restaurant ou un hôtel — ce qui n'a rien à voir avec la gestion d'une économie de branche — pourquoi ne s'entourent-ils pas des vraies compétences extérieures qui apparemment leur manquent ? A cause — en partie — de ces incapacités, voire de ces volontés attentistes des organisations professionnelles, l'hôtellerie indépendante va mal. Très mal.
Faire allégeance aux pouvoirs publics
Mais, il ne s'agit pas ici de faire le procès des syndicats hôteliers. Ce n'est pas notre rôle même si nous sommes intéressés par le sort de l'hôtellerie française. Ils ont déjà assez de mal comme ça à trouver leur légitimité, y compris devant les administrations et les pouvoirs publics, qui les roulent dans la farine à longueur d'année. Pour négocier avec des énarques et des sciences po, il faut des personnes de même stature, aguerries, instruites et informées. On en est loin.
Un espoir existe cependant à voir l'arrivée de nouveaux courants. La CPIH ou la FAGIHT, par la venue de nouveaux présidents — respectivement Gérard Guy et Claude Daumas, plus ouverts et pas sectaires —, contrastent avec ce qui se passait auparavant. Même le riche GNC (intégré à l'Umih, mais fonctionnant à part), avec son nouveau président Jacques Barré, modernise amplement ses discours et ses actions.
Cela ne semble hélas pas être le cas à l'UMIH qui retrouve les mauvaises habitudes du temps d'André Daguin ou encore au Synhorcat qui brasse plus d'air ancien qu'il n'en insuffle du nouveau.
Le refus de débats d'idées
Pour ce qui concerne le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française, nos relations sont généralement au beau fixe avec la majorité des élus et syndiqués hôteliers dans les régions. Nous recevons sur le terrain un accueil chaleureux de leur part et ils partagent très souvent nos points de vue. C'est là que l'on voit la scission profonde qui existe entre la base syndicale et leurs dirigeants parisiens, au sein de ces organisations. Les nombreux hôteliers syndiqués, qui sont membres du Comité, nous expliquent à leur tour combien cette situation est prononcée. Comment est-ce que cela pourra continuer ainsi ?
Dans l'heure, les syndicats hôteliers ne veulent toujours pas travailler avec le Comité et profiter de nos analyses et de notre connaissance très pointue du secteur. Il est clair qu'avec cet article, ils le voudront encore moins, sauf s'ils comprennent le sens de notre message. Leurs contestations dans les médias de notre action ne portent jamais sur la qualité et les fondements de nos arguments, qu'ils ne parviennent jamais à contester. Ils savent que nous avons raison. Car la différence entre eux et nous est que nous travaillons sur les dossiers que nous défendons. Pas eux. Ils ne s'en prennent qu'à la forme, sans réfléchir au reste.
Cela ne les empêche d'ailleurs pas de récupérer les fruits de nos nombreux travaux et de se les approprier. Etrange ballet. Nos détracteurs parmi les élus nationaux de l'Umih et du Synhorcat préfèrent s'en prendre à nous via un journal professionnel, qui leur sert volontiers la soupe et leur donne une tribune libre, plutôt que de s'adresser à nous directement et de chercher l'échange constructif et le débat d'idées. Dommage.
Alors, vont-ils continuer chacun à jouer dans leur cour respective, laquelle se rétrécit jour après jour ? Le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française aimerait que cela change, pour le bien de la profession qui en a vraiment besoin. En même temps, chaque fois que des dirigeants nationaux des syndicats hôteliers nous attaquent, cela fait affluer de nouveaux adhérents au Comité. Cela devrait nous faire plaisir ; mais, ce n'est pas forcément ce que nous recherchons.
En attendant, nous continuons à agir comme depuis nos débuts, à soutenir les hôteliers et si nécessaire à les défendre, par tous les moyens que nous avons à notre disposition.