Nos députés aiment taxer notre hôtellerie française

2 juillet 2014

Ils en avaient rêvé, ils l’ont fait. Taxer les hôtels. Qui ? Les députés bien sûr. Quelques uns. Pas tous, évidemment. Mais, les opposants ne se sont pas manifestés contre.

Cela fait un moment qu’ils voulaient pouvoir ponctionner de l’argent sur les hôtels. Ils l’ont voté. La première mesure relève sensiblement la taxe de séjour appliquée sur le bas des factures des hôtels. Plafonnée jusqu’ici à 1,50 € par personne hébergée, elle passe de 1 à 5 € pour les hôtels 3 étoiles, et de 1,50 à 8 € pour les 4 et 5 étoiles. Le JDD rappelle que la députée socialiste à l’origine de l’amendement, Sandrine Mazetier, jugeait le plafond actuel "ridiculement bas", notamment par rapport à Bruxelles, Berlin, Rome ou Barcelone. Peut-on être aussi simpliste ? Pensait-elle que l'hôtellerie à Paris et dans le reste de la France est la même chose ?

La seconde mesure concerne une taxe spécifique à l’Ile-de-France, d’un montant de 2 € par nuitée et qui devrait être appliquée à partir du 1er septembre 2014. Compte tenu du volume de nuitées hôtelières enregistrées dans la région — 67,4 millions en 2013 —, cela pourrait représenter près de 135 millions d’euros à encaisser. Elle serait officiellement destinée à financer les transports en commun franciliens, engagement pourtant voté un an et demi plus tôt sans que le financement ne fut connu.

Prétexte futile, car on pense que cela serait plutôt un moyen d'aider la mairie de Paris à trouver en partie de quoi boucler son budget en déficit de 400 millions d’euros… D'ailleurs la maire de Paris vient d'approuver publiquement cet impôt touristique nouveau. La boucle est bouclée.

Bis repetita placent

Dans tous les cas, ce n’est pas la première fois que les députés s’en prennent à l’hôtellerie. On se souviendra de la taxe votée fin 2012, puis retirée en douce devant le tollé que cela a provoqué. Elle devait porter sur les chambres vendues plus de 200 € la nuitée. Une ineptie économique.

Plus globalement, on doit à l’Assemblée nationale toute une série de réglementations dont souffre pleinement l’hôtellerie. Coûteuses, exagérées voire inutiles, elles sont la cause de très nombreuses disparitions d’hôtels et surtout d’un retard patent de modernité de notre offre hôtelière, empêchant les hôteliers de réinvestir pour l’amélioration du confort de leurs équipements destinés aux clients.

Bien entendu, cette hausse effective du plafond des taxes de séjours sera de la responsabilité de chaque maire et président de Communautés de communes concernées. Ceux qui sont proches des hôteliers et qui comprennent leur situation se garderont bien de faire flamber cette ponction fiscale. Mais, on peut déjà penser que la majorité des élus y trouveront une occasion nouvelle pour faire entrer des fonds si absents dans leur trésor.

Le problème est que tous s'en lavent les mains et la conscience. Les députés pensent que ce sont les touristes étrangers et les hommes d’affaires voyageurs qui paieront et que cela ne concernera pas directement les hôteliers, qui ne sont que des percepteurs bien involontaires des taxes.

C’est méconnaître la psychologie des clients de nos hôtels français, qui sont au nombre de 28 millions dont 1/3 seulement d’étrangers. Car l’ajout de tout supplément sur les notes d’hôtels, même des taxes qui ne vont pas dans les comptes de l’hôtelier, est considéré directement par les clients comme entrant dans les coûts de leur hébergement.

Or, d’après le dernier sondage de Coach Omnium auprès des Français sur leurs vacances d’été, ils sont 73,4 % à trouver que l’hôtel est trop cher.

Quant aux clients d’hôtels (avec au moins un séjour hôtelier dans l’année), on trouve la même proportion effarante de critiques : 76 % pensent que les hôtels sont trop onéreux (études Coach Omnium). Ajouter quelques euros à leurs factures au titre des taxes risque de faire très mal aux hôteliers, déjà extrêmement affectés par la conjoncture difficile, par la hausse de la TVA en janvier 2014 et par l’hégémonie que prennent les OTAs, avec leurs commissions si élevées. Les professionnels voient leurs prix moyens chambre stagner quand ils ne chutent pas. Il n’y a plus de tranche de jambon ni de beurre dans le sandwich.

Coup de canif contre les entreprises

Ces taxes votées avant la saison d’été sont un coup de couteau de plus, surtout après les rassurantes annonces faites par le gouvernement concluant les Assises du tourisme — voir notre article sur le sujet.

Pourquoi les élus nationaux s’en prennent-ils tant et si mal à l'hôtellerie, mais aussi à la restauration ? On trouve plusieurs raisons à cet entêtement devenu obsessionnel.

En premier, c’est la faute à la désinformation, à l’absence de données chiffrées explicites et fiables, et aux annonces sensationnalistes et d’autosatisfaction de nos gouvernants à propos du tourisme. A force de fanfaronner depuis des années que la France serait la première destination touristique mondiale, avec un secteur qui pèse près de 7 % de notre PIB et donc bien plus que d’autres branches d’activités majeures (alimentation, automobile,…), les hommes et les femmes politiques qui ignorent dans leur majorité tout du fonctionnement de l’économie du tourisme, la voient comme une immense vache à lait que l’on pourrait traire à volonté. Il est clair que non, ce qui est largement expliqué dans notre Livre Blanc de la Modernisation Hôtelière et Touristique.

A cela s’ajoute le manque total de crédibilité et de charisme des syndicats hôteliers, aggravés par leur incompétence sur le dossier de la TVA en restauration, qui a marqué négativement les esprits pour un long moment, comme une tache indélébile.

Ce sont aujourd’hui les grands groupes de tourisme (Accor, Pierre & Vacances, Club Med, Eurodisney,…) qui sont obligés de monter en première ligne pour trouver un minimum d’écoute auprès des gouvernants.

Si les amendements qui ont été votés par une poignée de députés irresponsables et ignorants n’ont pas fait l’affaire du Ministère en charge du tourisme, la loi fiscale ne s'impose pas encore. On espère que le Sénat aura le bon goût de retoquer cette erreur inqualifiable de l’autre chambre législative, même si l'Assemblée nationale a constitutionnellement le dernier mot. On peut penser également, dans le cas contraire, que le gouvernement fera tout pour que le décret d’application ne se mette pas en place.

On notera la réaction du député PS Razzy Hammadi qui a reproché à Laurent Fabius de chercher à entraver l’indépendance de l’Assemblée nationale à propos de ce vote allant clairement contre l’intérêt du tourisme français. Le député de Seine-Saint-Denis s’était pourtant placé il y a quelques mois en défenseur du sort des hôteliers contre la mainmise des OTAs.

La com en politique, il n’y a que ça de vrai !


Mark Watkins
 

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