Tourisme français : les faux chiffres font les bons amis…

20 novembre 2013

La France, première destination mondiale du tourisme ? D'après l'OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), la France le demeurerait avec 83 millions de touristes étrangers venus visiter notre beau pays. Mais, nous ne serions que 3e en termes de recettes touristiques, avec 53,7 milliards de dollars, derrière les Etats-Unis et l'Espagne. Et ce postulat est repris en cœur comme une douce comptine par tous les médias et responsables du tourisme de tout bord. Sauf qu'en réalité, le pays des fromages ne serait que …83e mondial en matière de dépenses moyennes par touriste

Du coup, chaque Ministre du tourisme qui passe en déduit que les touristes étrangers ne dépensent pas assez chez nous et qu'il faut faire quelque chose pour ça… Quoi faire d'ailleurs ? Personne ne le sait, puisque personne ne sait de quoi il s'agit, faute de l'avoir étudié.

Passons sur le fait que l'on oublie de dire que 15 à 20 % de ces touristes ne choisissent pas la France pour destination finale et qu'il ne font que transiter. Passons aussi sur le fait que ces statistiques incluent les 7,3 millions de visiteurs étrangers de Disneyland Paris (environ autant de Français) qui consommeront peu ou presque pas de tourisme français. Ceux-là se rendraient tout naturellement en Suisse, en Belgique ou au Lichtenstein si le parc de Mickey s'y trouvait. Passons enfin sur le mode de collecte des données qui paraît de plus en plus contestable, avec une France qui ne détient aucun observatoire fiable du tourisme. Ce qui fait l'affaire de beaucoup.

La vérité que personne n'ose montrer se présente dans le tableau ci-dessous : celui des recettes touristiques moyennes dépensées par touriste étranger. Enfantin et sans mystère : il suffit de diviser les recettes annoncées par le nombre d'arrivées indiqué. Par cette observation, la France n'arrive alors qu'au 83e rang mondial sur 98 pays/destinations ouverts au tourisme et pour lesquels il existe du renseignement, plus ou moins recevable apparemment. Pour les pays non renseignés, on se doute bien qu'aucun chiffre ne filtre : chez les totalitaires comme l'Iran ou la Corée du Nord, par exemple, ou encore dans les zones trop pauvres pour s'organiser sur ce registre.

Ainsi, si on en croit l'OMT, le touriste étranger qui vient en France ne dépenserait en moyenne que 647 $US, soit 8 fois moins qu'en Australie qui est à la tête de cette statistique. Cette recette moyenne par touriste, très basse, révèle toute la fausseté des chiffres sur les arrivées de touristes. D'ailleurs comment être convaincu par la fiabilité de ces données officielles, présentées comme infaillibles et incontestables, en voyant que les touristes dépenseraient en moyenne plus de 5.000 dollars au Luxembourg… Certains chiffres sont étranges.

Quoi qu'il en soit, ce classement du tourisme français — survalorisé et survalorisant — arrange tous les politiques et gouvernements français qui se succèdent lesquels s'en félicitent royalement, année après année. C'est tout juste si chaque ministre du tourisme n'annonce pas, dans un cocorico dantesque ou plus mesuré selon la géométrie de son égo, qu'il est à l'origine de ce "succès",… sur le papier seulement.

On risque par conséquent d'attendre encore longtemps avant que les pouvoirs publics ne se décident à remettre tout à plat et à fournir les vrais enseignements sur le comportement des touristes étrangers et la raison pour laquelle notre tourisme national serait économiquement si pauvre, d'après les chiffres. Mais là aussi, personne n'en est sûr que notre tourisme soit si pauvre.

Car durant ce temps, l'annonce victorieuse de l'OMT et des responsables politiques endort les énergies. Crise ou pas crise, la France restant officiellement la première destination mondiale touristique, n'encourage personne à se remettre en question, à travailler sur les investissements, sur la formation, sur l'accueil touristique ou sur la modernisation de l'offre.

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