Etoiles : Un hôtelier sur deux s'est fait surclasser
15 novembre 2011
La montée en gamme de l'hôtellerie française grâce au nouveau classement hôtelier n'est pas qu'une vue de l'esprit ou un effet d'annonce. Elle s'affirme comme une réalité de terrain. Plus exactement, on apprend par un récent rapport parlementaire(*) que 49 % des hôtels ( 1 sur 2 ! ) ayant demandé à bénéficier du nouveau classement sont passés à 1 étoile supplémentaire par rapport à leur ancienne homologation.
Ce surclassement — fierté d'Atout France — dépasse de loin toute prévision et confirme bien que les nouvelles normes hôtelières permettent à tous, sans effort supplémentaire et sans investissement significatif, de monter en gamme, grâce au minimalisme de ses exigences — voir également notre article sur le sujet. C'est donc une montée en gamme essentiellement artificielle, non assortie d'une amélioration de l'offre hôtelière, qui caractérise la malheureuse réforme que le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française a tant contestée.
On savait que le groupe Accor, qui est le vrai auteur/rédacteur du référentiel du nouveau classement paru en 2009, a annoncé que ses 1.400 hôtels en France allaient demander 1 étoile de plus. C'est la suite logique ou illogique de sa stratégie. Ibis passe ainsi à 3 * (voir photo), Mercure et Novotel à 4 * ou encore Sofitel à 5 *. Les autres groupes hôteliers concurrents d'Accor ont déjà annoncé qu'ils suivraient la même voie. Il reste les indépendants, qui parmi les classés, marchent déjà pour beaucoup dans les pas des chaînes hôtelières intégrées sur ce registre.
Risques de sorties de route
Bien que les étoiles ne soient largement plus le premier critère de choix des hôtels par les clientèles — remplacées désormais et définitivement par le critère du prix —, certains voyageurs les regardent encore. Ne serait-ce que comme complément accessoire à leurs autres références ou par curiosité. Or, monter en gamme pour un hôtel ne consiste pas juste à relever les prix sans contrepartie, donc sans prestation supplémentaire. Les clients ne sont pas dupes, déjà qu'ils sont plus d'un sur deux à trouver l'hôtellerie trop chère. Etre surclassé, c'est par conséquent prendre le risque de faire fuir une part de clientèle et de se retrouver hors marché. Mais chaque hôtelier concerné doit savoir ce qu'il fait et cela ne regarde que lui…
A mi-novembre 2011, 2.475 hôtels ont pu visser sur leur fronton le nouveau panonceau rouge, dont 111 hôtels 1 *, 620 unités 2 *, 1.161 établissements 3 *, 423 hôtels 4 * et enfin 160 classes avec la 5e étoile. C'est toujours aussi médiocre comme performance, soit près de 15 % seulement des hôtels homologués sur la base de 1986. Heureusement pour Atout France que les chaînes hôtelières poussent à la roue, ce qui lui garantit près de 3.000 unités.
On constate que si le classement 5 étoiles (remplaçant le "4 étoiles luxe") a fait l'objet d'une véritable razzia (mais sont-ce tous des hôtels d'exception ?), le nouveau classement, qui reste pour l'heure un fiasco, a conduit de nombreux exploitants à l'adopter pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'amour des étoiles.
Comme on n'attire pas les mouches avec du vinaigre, certains ont dû se plier à la procédure de classement pour bénéficier du plan de modernisation de l'hôtellerie, matérialisé par un prêt fourni par Oséo, lequel rend le classement obligatoire comme préalable à l'accès à son financement. D'autres souhaitent vendre leur affaire (56 % des hôteliers indépendants sont dans ce cas, selon un sondage par Coach Omnium) et espèrent qu'avec un panonceau rouge et d'autant plus avec une étoile supplémentaire facilement gagnée, ils pourront valoriser leur hôtel en vue de sa vente. Enfin, certaines collectivités (régions ou départements, notamment), pour accorder une subvention aux hôteliers, imposent arbitrairement que ces derniers s'engagent dans le nouveau classement.
Car si quelques naïfs ont pu croire que les nouvelles étoiles allaient faire venir massivement de nouveaux clients — la plupart en sont revenus —, bon nombre de ces artifices (subventions, aides, prêts) ont permis que le score de nouveaux classés soit moins catastrophique que ce qu'il est déjà.
Sans compter les témoignages qui nous reviennent à propos de cabinets de vérification accrédités par le Cofrac qui disent aux hôteliers : "pourquoi demandez-vous 3 étoiles comme avant ? Vous pourriez obtenir 4 étoiles vu les critères que vous remplissez". C'est tout simpelment irresponsable quand on sait les conséquences qu'un nouveau positionnement peut avoir pour un hôtel sur son marché local.
Atout France ne sait plus quoi faire pour donner un peu de succès à son opération "d'étoilage des hôtels". A présent, il commence nettement à franchir la ligne blanche en voulant imposer le classement pour accepter les hôtels sur les salons où il est présent ou dans sa promotion du tourisme français.
(*) Rapport de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 12 octobre 2011.
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